Variabilité spatiale et saisonnière du régime alimentaire de la perche Perca fluviatilis

Une forte mortalité des jeunes de l'année peut parfois être observée dès le premier automne dans les milieux particulièrement pauvres en ressources. Lorsque ce n'est pas le cas mais que le recrutement annuel a été important (à la suite, par exemple, d'une mortalité massive chez les perches adultes), c'est la cohorte précédente (les perches d'un an) qui peut soudainement souffrir de la compétition avec les juvéniles car son régime alimentaire est resté le méme, et c'est elle qui disparaît massivement. Par effet d'entraînement, des populations de perches peuvent être localement atteintes de "nanisme", trop peu d'individus réussissant à atteindre la taille nécessaire pour commencer à se nourrir de juvéniles et limiter ainsi la compétition.

La perche ne commence réellement à se nourrir principalement d'autres poissons qu'à partir d'une taille comprise entre cent cinquante et deux cents millimètres, soit en général à partir de l'âge de deux ans. Toutefois, lorsque certaines années leur croissance est rapide, les perches juvéniles peuvent s'attaquer aux alevins d'autres espèces dès la taille d'environ quatre-vingt millimètres en automne (une taille comparable à celle des perches d'un an), tout en continuant à se nourrir également de zooplancton et d'invertébrés. Perca fluviatilis est un prédateur omnivore tout au long de sa vie. Son régime alimentaire est extrêmement varié.

Chez les individus matures âgés de quelques années, la proportion de poissons représente à peine plus de la moitié de l'éventail des proies consommées, et le zooplancton ainsi que les invertébrés (sangsues, larves d'insectes, crustacés) figurent toujours dans l'alimentation quotidienne, en proportions variables suivant leur disponibilité saisonnière. Les poissons peuvent ne représenter qu'un tiers ou moins du régime alimentaire certains mois d'après certaines recherches, avec cependant de fortes différences saisonnières d'un lieu d'étude à un autre. Même les plus grands individus (trente centimètres et plus) continuent à avoir une alimentation variée, bien que le zooplancton disparaisse de leur régime alimentaire. Localement, les plus grandes perches peuvent devenir presque exclusivement piscivores (quatre-vingt pour cent de leur régime alimentaire) pendant les périodes de l'année où les invertébrés dont elles se nourrissent sur le fond (en particulier les larves de libellules et les écrevisses) ne sont pas ou peu disponibles.

La perche est un chasseur à l'affût facultatif. Elle passe peu de temps cachée dans la végétation une fois mature et cherche sa nourriture principalement en pleine eau et sur le fond. Perca fluviatilis ne vit pas en bancs. La tendance des perches à se regrouper est variable suivant les individus, et la fidélité au groupe est inexistante. Les individus enclins à passer beaucoup de temps en groupe s'assemblent régulièrement, alors que d'autres adoptent un comportement plus solitaire. Les individus rejoignent et quittent des groupes fréquemment. Le temps passé au sein d'un groupe varie aussi suivant les individus, ceux qui ont le plus tendance à rejoindre des groupes y passent plus de temps que les individus plus solitaires. Cette tendance semble également évoluer avec la taille des perches. Les plus jeunes s'assemblent plus volontiers que les individus les plus âgés. Les perches ne forment des groupes que parce qu'elles y trouvent leur intérêt, principalement pour la recherche de nourriture.

Différents comportements de chasse ont pu être observés au sein des groupes, qui dépassent rarement une dizaine d'individus. Lorsque les perches s'attaquent à un banc de petits poissons, certaines chargent le banc et le rabattent en direction de la berge ou l'encerclent (plusieurs groupes de perches peuvent participer à l'attaque). Les autres restent en retrait et profitent de la confusion des proies pour capturer les plus désorientées. Lorsque les perches recherchent des larves d'insectes ou des alevins dans la végétation, certaines chassent vivement les proies hors de leur cachette en direction de l'eau libre où elles se font capturer par le reste du groupe. Il ne s'agit pas de stratégies de groupe mais d'interactions mutuelles qui profitent à chaque individu. Les perches chassent aussi en solitaire ou par paire et ce sont les plus petites qui bénéficient le plus des actions conjointes d'un groupe.

Le régime alimentaire de la perche Perca fluviatilis se diversifie avec l'âge. Ce que consomment les larves et les juvéniles (jeunes de l'année) est dicté par le type d'habitat qu'ils fréquentent et par leur stade de développement. L'espèce ne devient généralement piscivore et cannibale qu'au cours de la seconde année, mais localement le changement de régime alimentaire peut se produire pendant la première année. Les individus matures devenus piscivores et cannibales continuent cependant à consommer un vaste éventail de proies, selon les ressources du milieu et les saisons. Le cannibalisme ne s'exerce que sur les jeunes de l'année. Les perches d'un an atteignent une taille refuge qui les met en général à l'abri de leurs congénères plus âgés.

Les larves rejoignent dans un premier temps la zone pélagique et se nourrissent de zooplancton. La communauté épipélagique consomme principalement des daphnidés (Cladocères). La communauté bathypélagique se nourrit surtout de copépodes en journée, puis de daphnidés lorsqu'elle remonte du fond pour passer la nuit à proximité de la surface. Lorsque les larves se sont développées en juvéniles d'environ 20 mm de long, une partie ou la totalité de ces jeunes de l'année revient sur la zone littorale et commence à se nourrir de larves d'insectes benthiques (principalement des chironomidés) au milieu des plantes aquatiques, tout en continuant à consommer du zooplancton (la proportion d'insectes benthiques augmente progressivement). Les jeunes perches sont plus efficaces dans la chasse aux larves de chrironomidés dans une végétation dense que les autres espèces avec lesquelles elles sont en compétition à ce moment de l'année.

Dans certains milieux comme les grands lacs, une partie des juvéniles ne retourne pas sur la zone littorale et reste dans la zone pélagique. Ces très jeunes perches continuent à consommer du zooplancton près de la surface et sur le fond. Une partie des juvéniles retournés sur la zone littorale peut à nouveau revenir temporairement dans la zone pélagique si la densité des jeunes de l'année ou si la pression de prédation est trop forte. La zone pélagique, et en particulier la zone bathypélagique est cependant nettement moins riche en ressources que la zone littorale. Les juvéniles ont également beaucoup plus de mal à détecter leurs proies sur le fond où la luminosité peut être soixante fois inférieure à celle de la surface. Leur distance de réaction est beaucoup plus courte, et ils se nourrissent moins que les juvéniles de la zone littorale.

Juste avant le premier hiver, les jeunes perches atteignent une longueur moyenne de quarante à soixante millimètres. Certaines peuvent cependant atteindre une taille de cent millimètres. Durant leur première année de croissance, les jeunes perches doivent non seulement faire face à la compétition de leurs congénères, mais également à celle d'autres espèces, comme la gardon, dont les recrutements annuels sont également très importants et qui se montre plus efficace dans la capture du zooplancton en eau libre. Dans les milieux où la perche est en compétition avec la grémille, cette dernière s'avère plus adaptée à la capture des macro-invertébrés benthiques. Le cannibalisme exercé par les perches de deux ans et plus et la prédation des jeunes brochets de l'année ne suffisent pas à limiter significativement la compétition interspécifique et intraspécifique lors de forts recrutements annuels. Le rythme de coissance de la perche peut s'en trouver retardé.

Version 1, Révision 1, 30 juin 2012.

Références et bibliographie

  • P. Frankiewicz, A. Wojtal-Frankiewicz, 2012. Two different feeding tactics of young-of-the-year perch, Perca fluviatilis L., inhabiting the littoral zone of the lowland Sulejow Reservoir (Central Poland).
  • M. Kratochvil, J. Peterka, J. Kubecka, J. Matena, M. Vasek, I. Vanickova, M. Cech, J. Seda, 2008. Diet of larvae and juvenile perch, Perca fluviatilis performing diel vertical migrations in a deep reservoir.
  • L. Persson, P. Byström, E. Wahlström, 2000. Cannibalism and competition in Eurasian Perch: population dynamics of an ontogenetic omnivore.
  • R. Svanbäck, P. Eklöv, R. Fransson, K. Holmgren, 2008. Intraspecific competition drives multiple species resource polymorphism in fish communities.
  • L. Persson, D. Claessen, A.M. de Roos, P. Byström, S. Sjögren, R. Svanbäck, E. Wahlström, E. Westman, 2004. Cannibalism in a size-structured population: energy extraction and control.
  • M. Karm, 2008. Early piscivory in 0+ perch (Perca fluviatilis L.) implications for trophic position and whole ecosystem dynamics.
  • P. Ceccuzzi, G. Terova, F. Brambilla, M. Antonini, M. Saroglia, 2011. Growth, diet, and reproduction of Eurasian perch Perca fluviatilis L. in Lake Varese, northwestern Italy.
  • M. Rask, 1986. The diet and diel activity of perch, Perca fluviatilis, in a small lake in southern Finland.
  • B. Wziqtek, P. Poczyczynski, J. Kozlowski, K. Wojnar, 2004. The feeding of sexually mature European Perch (Perca fluviatilis L.) in lake Kortowskie in the automn-winter period.
  • L. Jacobsen, S. Berg, M. Broberg, N. Jepsen, C. Skov, 2002. Activity and food choice of piscivorous perch (Perca fluviatilis) in a eutrophic shallow lake: a radio-telemetry study.
  • S. Akin, C. Sahin, B. Verep, D. Turan, A. M. Gözler, A. Bozkurt, K. Çelik, E. Çetin, A. Aracı, I. Sargın, 2011. Feeding habits of introduced European perch (Perca fluviatilis) in an impounded large river system in Turkey.
  • H. Dörner, S. Berg, L. Jacobsen, S. Hülsmann, M. Brojerget, A. Wagner, 2003. The feeding behaviour of large perch Perca fluviatilis (L.) in relation to food availability: a comparative study.
  • S. Diehl, P. Eklöv, 1995. Effects of piscivore-mediated habitat use on resources, diet and growth of perch.
  • S. Diehl, 1988. Foraging efficiency of three freshwater fishes: effects of structural complexity and light.
  • A. Neveu, 2001. Can resident carnivorous fishes slow down introduced alien crayfish spread? Efficacity of three fishes species versus two crayfish species in experimetal design.
  • P. Eklöv, 1992. Group foraging versus solitary foraging efficiency in piscivorous predators: the perch, Perca fluviatilis, and pike, Esox lucius, patterns.

Commentics

Sorry, there is a database connection problem.

Please check back again shortly .. Thank you!