Habitats et cycles d'activité de la perche Perca fluviatilis hors période de reproduction

Dans certains grands lacs, le changement d'habitat de la zone littorale vers la zone pélagique perdure au delà du développement juqu'au stade juvénile. Se forment alors deux communautés distinctes qui coexistent mais ne se mêlent pas. Ces sous-populations présentent des différences morphologiques telles qu'un corps plus alongé, des nageoires plus longues, des couleurs plus pâles et même un intestin plus long chez la population pélagique. Des études de capture-recapture après marquage et translocation semblent confirmer la fidélité à l'habitat d'origine. Le très faible taux de recapture sur les zones de translocation suggère que les perches littorales ont déserté la zone pélagique et inversement que les perches pélagiques ont quitté la zone littorale après y avoir été déplacées. Il a également été observé par recapture que le retour à la zone de prélèvement d'origine ne prend que quelques jours. Ceci suggère une fidélité au site précis de prélèvement en plus d'une fidélité au type d'habitat.

De façon générale, les perches évitent les zones entièrement couvertes de plantes aquatiques et les zones qui en sont totalement dépourvues. Elles fréquentent également plus volontiers les rives en pente douce que les berges abruptes, mais restent à distance des plages à très faible déclivité. Perca fluviatilis a besoin d'habitats variés. Plus le milieu est hétérogène, plus les populations sont importantes (les comparaisons, par exemple, entre les populations de rivières naturelles et celles de rivières canalisées peuvent faire apparaître un rapport de 5 à 1 en termes de biomasse, alors que ces résultats sont inversés pour des espèces comme la tanche ou le sandre). Certaines caractéristiques de l'habitat semblent en outre favoriser la présence de la perche, comme par exemple l'existence de fosses, de grandes étendues d'eau libre et l'abondance de branches immergées. Dans certains chenaux canalisés considérés comme habitats dégradés, la perche s'est très bien adaptée aux berges artificielles.

La mobilité est forte chez les jeunes perches (pas de fidélité à une zone précise de leur habitat, littoral ou pélagique) alors que les individus plus âgés (matures) peuvent devenir plus ou moins sédentaires ou routiniers et limiter l'étendue de leurs déplacements. Ceci varie également en fonction du milieu. Plus les habitats sont diversifiés, moins Perca fluviatilis a besoin de se déplacer. Aucune migration saisonnière n'a été observée, contrairement aux poissons qui peuvent entrer dans le régime alimentaire de l'espèce. La perche ne se déplace pas non plus d'un habitat à un autre pour suivre ses proies la nuit comme peut le faire le brochet car elle n'est active qu'en journée, mais il a été observé qu'elle s'éloigne de la végétation des berges pour dormir en pleine eau où elle est susceptible de former temporairement des bancs importants.

Perca fluviatilis est particulièrement sensible aux variations de température de l'eau. Le nombre d'heures pendant lesquelles elle chasse et se déplace augmente considérablement au plus de chaud de l'été. Elle est par exemple deux fois plus active en juillet qu'en juin ou en août, mais ne limite pas ses déplacements permanents le reste de l'année (elle chasse moins mais continue à se déplacer en hiver). Des pics d'activité de moindre intensité peuvent également être observés au printemps et en automne. La perche chasse de préférence en début et en fin de journée, avec quelques périodes d'activité supplémentaires en milieu de journée en été.

Un des aspects les plus intéressants de la distribution spatiale des différentes classes d'âge de la perche Perca fluviatilis réside dans la formation successive, temporaire ou définitive, de communautés distinctes qui chacune exploitent un habitat différent lorsque la densité de population est importante. Cette répartition apparaît une première fois au stade larvaire, puis à nouveau au stade juvénile afin de limiter non seulement la compétition intraspécifique des jeunes de l'année dont les effectifs peuvent être localement très importants, mais aussi la compétition interspécifique avec les juvéniles d'autres espèces qui deviendront plus tard des proies, comme par exemple le gardon. La tendance est toutefois variable suivant les milieux et les années (elle est principalement fonction des recrutements de perches de l'année, qui eux-mêmes peuvent être extrêmement fluctuants).

Les larves quittent rapidement la zone littorale où elles sont nées pour rejoindre soit la couche supérieure de l'eau (zone épipélagique), soit le fond (zone bathypélagique), à bonne distance des berges. Ces deux communautés se rejoignent près de la surface (au dessus de la thermocline) pendant la nuit mais la communauté bathypélagique repart se nourrir sur le fond en journée. Une fois le stade juvénile atteint, environ un mois après avoir quitté les berges, les jeunes de l'année reviennent sur les bordures et se développent sur des zones où le couvert végétal est intermédiaire (étendue des macrophytes comprise entre 40 et 60% de la surface).

Si la densité de jeunes perches et la pression des prédateurs comme le brochet ou les perches de plus de deux ans le permettent, les jeunes continuent à fréquenter la zone littorale pendant la première année, puis exploitent en proportions égales la zone littorale et le large dès la deuxième année. Si la densité de population ou le risque de prédation sont trop élevés sur les bordures, une partie des juvéniles repart vers le large. Ce second changement d'habitat est déclenché par l'appauvrissement de l'eau en zooplancton ou par la densité des prédateurs. Les perches les plus âgées continuent à venir se nourrir à proximité des berges mais passent plus de temps au large que les individus plus jeunes. Les individus qui fréquentent le large évoluent autant à proximité de la surface que sur le fond.

Version 1, Révision 2, 29 juin 2012.

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