Habitats, sédentarité et cycles d'activité du brochet Esox lucius hors période de reproduction

Esox lucius n'est pas forcément territorial ni sédentaire, et des comportements différents ont étés observés en fonction de la nature et de la taille des milieux où les études ont été réalisées. Sa mobilité, étudiée par télémétrie sur des individus matures, peut être surprenante. Des déplacements pouvant atteindre deux kilomètres en trois heures ont régulièrement été observés dans des grands lacs canadiens. Toutefois, lorsque de grands déplacements d'une zone du lac à une autre ont été constatés, les individus concernés ont par la suite stationné dans la zone pendant un à plusieurs jours.

En milieu eutrophe de taille réduite, Esox lucius s'avère moins mobile et passe peu de temps à nager. Peu de suivis ont été réalisés en rivière. Les résultats disponibles attestent de déplacements se limitant à quelques dizaines ou quelques centaines de mètres d'une semaine à l'autre en hiver, mais parfois de plusieurs kilomètres en été. Plusieurs études suggèrent localement une plus forte mobilité des mâles par rapport aux femelles sans qu'il y ait pour autant de corrélation avec leur taille.

Les conditions climatiques peuvent influer sur la fréquentation des différents habitats disponibles par le brochet. Les jours de grand soleil, le brochet fréquente plus volontiers les bordures que les jours où le ciel est couvert. Le vent le fait également s'éloigner des berges mais pas forcément en profondeur. Lorsque les températures baissent, Esox lucius gagne des zones plus profondes et plus éloignées des bordures que lorsqu'il fait chaud. La pluie, par contre, ne semble avoir aucune influence particulière sur le type d'habitat que le brochet est susceptible de fréquenter, sauf si la turbidité de l'eau augmente. En eau trouble, les individus les plus âgés qui fréquentent des zones profondes éloignées des berges sont plus actifs que les brochets plus jeunes qui stationnent dans de faibles hauteurs d'eau.

L'activité du brochet varie en fonction des saisons et du moment de la journée. Il connaît peu de périodes d'inactivité totale, même en pleine nuit, et se révèle plus actif en début et en fin de journée (avec cependant de fortes variations individuelles : certains individus sont principalement actifs à l'aube, d'autres au crépuscule, et d'autres encore sont à la fois plus actifs à l'aube et au crépuscule). Une forte activité nocturne a été décelée chez certains individus au printemps et au début de l'été (chasses à distance des berges, probablement en suivant les déplacements des espèces proies comme le gardon) . Les pics d'activité se situent par contre plutôt en milieu de journée à la fin de l'hiver (période de reproduction).

Les périodes d'activité du brochet, enregistrées en continu par détecteurs de mouvement à radiofréquences placés sur des individus matures en milieu naturel, sont très majoritairement de courte durée (micro événements d'une durée de quelques secondes). Des événements de plus longue durée, pouvant attester d'une recherche de nourriture et en tout cas de déplacements, sont beaucoup plus rares. Elles sont généralement suivies par de longues périodes d'activité extrêmement réduite.

Les types d'habitat fréquentés par le brochet sont différents selon les classes d'âge si le milieu le permet. Tout au long de sa vie Esox lucius est principalement observé dans des zones peu profondes (avec une préférence pour les zones de 0 à 4 m). La plupart des études font apparaître une nette corrélation entre le type de végétation, sa densité (de préférence intermédiaire) , la nature du fond et les classes d'âge. Toutefois, il est important de souligner que les brochets matures sont bien plus mobiles que les jeunes individus et qu'ils mettent à profit toutes les zones du milieu où ils vivent.

Après avoir quitté les frayères les jeunes de l'année sont inféodés aux bordures où la hauteur d'eau est faible et dont le couvert végétal est important. Les interactions avec leurs congénères (interférences et cannibalisme) les poussent progressivement à gagner des zones plus profondes où leur densité est moins élevée et les possibilités de fuite plus importantes. Par la suite, l'abondance des adultes est fonction de l'étendue du couvert végétal, mais en relation inverse avec leur taille. Schématiquement, les adultes les plus âgés fréquentent des zones plus profondes à végétation submergée et éparse alors que les individus plus jeunes marquent une nette préférence pour des hauteurs d'eau faibles à végétation émergente ou flottante.

Bien entendu, la distribution des individus des différentes classes d'âge est fonction de la diversité des habitats disponibles. Le brochet marque une nette préférence pour les fonds sableux. Il fréquente moins volontiers les fonds envasés ou rocheux. Toutefois, au même titre qu'il explore toutes les couches d'eau et des zones dont le couvert végétal peut considérablement varier, il n'est pas impossible de l'y rencontrer. Des travaux récents indiquent que le comportement du brochet, et plus particulièrement sa propension à se déplacer pour explorer différents types d'habitat lors de sa recherche de nourriture, varie d'un individu à un autre.

Version 1, Révision 1, 18 juin 2012.

Références et bibliographie

  • Mark F. Cook, Eric P. Bergersen, 1988. Movements, Habitat Selection and Activity Periods of Northern Pike in Eleven Mile Reservoir, Colorado.
  • C. A. Chapman, W. C. Mackay, 1983. Versatility in habitat use by a top aquatic predator, Esox lucius L.
  • Koed A., Bellamy K., Mejhelde P. Aarestrup K., 2006, Annual movement of adult pike (Esox lucius L.) in a lowland river.
  • M. Ovidio, J. C. Philippart, 2005. Long range seasonal movements of northern pike (Esox lucius L.) in the barbel zone of the river Ourthe (River Meuse Basin, Belgium).
  • J E G Masters, Kathryn H Hodder, W R C Beaumont, Rodolphe Elie Gozlan, Adrian C Pinder, Robert E Kenward, J S Welton, 2003. Spatial Behaviour of Pike Esox Lucius L. in the River Frome, UK.
  • A. Kobler, T. Klefoth, C. Wolter, F. Fredrich, 2008. Contrasting pike (Esox lucius L.) movement and habitat choice between summer and winter in a small lake.
  • Kobler A, Klefoth T, Mehner T, Arlinghaus R., 2009. Coexistence of behavioural types in an aquatic top predator: a response to resource limitation?
  • Hawkins L. A., Armstrong J. D., Magurran A. E., 2003. Settlement and habitat use by juvenile pike in early winter.
  • W. R. C. Beaumont, K. H. Hodder, J. E. G. Masters, L. J. Scott & J. S. Welton, 2005. Activity patterns in pike (Esox lucius), as determined by motionsensing telemetry.
  • Jepsen N, Beck S, Skov C, Koed A., 2001. Behavior of pike (Esox lucius L.) > 50 cm in a turbid reservoir and in a clearwater lake.
  • Andersen M., Jacobsen L., Grønkjær P., Skov C., 2007, The effect of turbidity on diel activity and habitat choice of adult pike (Esox lucius L.).

Commentics

Sorry, there is a database connection problem.

Please check back again shortly .. Thank you!